On raconte sur Richard Ier Duc de Normandie (933-996) qu’il était juste et surtout sans peur. Voici une anecdote macabre qui l’illustre bien. Dommage que la chapelle dont il est question n’ait pu être identifiée...

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Rempli de dévotion autant que de valeur et de sagesse, Richard ne passait jamais devant une église, sans y faire son oraison. Une nuit, qu’il chevauchait sur une roule isolée et déserte, il aperçut une chapelle dans le voisinage, et, suivant sa coutume, mit pied à terre, attacha son cheval à un arbre et entra. L’édifice était plongé dans la plus profonde obscurité ; il y régnait un silence de mort. Le noble voyageur se dirigea de son mieux vers le sanctuaire, ôta ses gants et s’agenouilla près de la grille. Ayant terminé, il se disposait à sortir, un bruit semblable à celui de planches qui se brisent, se fit entendre dans une des chapelles. En même temps les ténèbres firent place à une lueur blafarde qui rendit plus lugubres encore les voûtes du temple. Le prince regarda vers l’endroit d’où le bruit était venu. Il aperçut sur les dalles un cercueil dont le drap noir venait d’être enlevé, et d’où sortait lentement un cadavre couvert d’un linceul. Richard, après s’être signé pour invoquer l’esprit saint, posa la main sur la garde de son épée, et sans peur comme sans bravade il demeura debout, immobile , prêt à se défendre s’il était attaqué.

Le spectre sortit de sa bière, étendit par un geste menaçant le bras vers le voyageur et marcha à lui, traînant les plis du drap dont il était couvert. Le prince adjura par le saint nom de Dieu l’apparition de s’évanouir ou de rentrer dans sa bière, mais voyant que son exorcisme était sans résultat, il tira sa lame du fourreau et attendit encore. Le fantôme, arrivé pied à pied, fixa sur les siens ses yeux vitrés, sans parvenir à l’effrayer ; alors il essaya de le saisir dans ses longs bras décharnés, mais Richard le prévenant le coupa en deux par le milieu du corps. Puis tranquille et calme il remit son épée à son côté, sortit à pas lents et monta à cheval ; il s’aperçut en ce moment qu’il avait oublié ses gants sur son prie-Dieu. Il redescendit , revint les prendre sans plus être inquiété par les esprits des ténèbres et continua son voyage.

A la suite de cette aventure , Richard rendit une ordonnance qui est passée en usage, et qui défendait de laisser les corps morts sans gardien dans les églises.

 

in Légendes et Traditions de Normandie, Octave Féré, 1843

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