Voici un excellent article (malheureusement non signé) trouvé sur le site du CERES Recherches et Expertises sous-marines qui apporte beaucoup d’éléments peu connus sur le naufrage de la Blanche Nef près de Barfleur qui redistribua en Europe les cartes géopolitiques au XIIème siècle. L’image a été trouvée sur Wikipédia et provient de la British Library (Cotton Claudius dii, f45v).

blanchenef

Il est 11 heures 30, ce soir du 25 novembre 1120, et la Blanche Nef sort du port de Barfleur, voguant vers son destin qui va modifier le cours de toute l’histoire de l’Europe médiévale.

Mais revenons quelques années plus tôt, quand guillaume le Bâtard, fils d’un duc normand et d’Arlette, elle même fille d’un tanneur de Falaise, décide d’attaquer l’Angleterre.

Il part lui aussi de Barfleur, à bord de son navire "Le Mora" et débarque en Angleterre le 14 octobre 1066 pour attaquer les troupes du roi Harold, avec l’aide de 4 à 6000 de ses hommes accompagnés de ses chevaliers qui donneront une tournure décisive à ce combat

Il gagne donc la fameuse bataille d’Hastings contre les anglo-saxons et devient alors Guillaume le Conquérant, roi d’Angleterre, succédant ainsi à Harold, tué lors du combat.

Tout ceci est bien sur consigné sur la première bande dessinée de l’Histoire, la célèbre tapisserie de Bayeux, la tapisserie de la reine Mathilde, femme de Guillaume.

Peu après, le jour de Noël 1066, Guillaume et Mathilde sont couronnés roi et reine d’Angleterre à l’abbaye de Westminster, à Londres.

Les conquérants normands se partagent les seigneuries anglaises.

Ils éliminent la noblesse issue des précédents envahisseurs, les Angles et les Saxons, et ils introduisent leur langue d’adoption, le français.

Protégées par leur insularité, les populations du royaume ne vont pas tarder à fusionner en un seul peuple.

Le roi Guillaume a une fin de vie difficile. puis meurt en 1087 dans un combat contre le roi de France, le capétien Philippe 1er.

C’est le début d’une longue hostilité :

Pendant 800 ans, les deux pays ne cesseront pratiquement jamais de lutter l’un contre l’autre.

Guillaume sera, après sa mort, surnommé le Conquérant.

Lui-même refusait ce surnom !

Il se considérait comme l’héritier légitime de la couronne anglaise et non comme un usurpateur ou un conquérant.

Sa descendance directe règnera sur l’Angleterre jusqu’à ce terrible soir de Novembre 1120 au large de Barfleur.

* * *

Nous sommes donc le 25 Novembre 1120, et sortons du port de Barfleur à bord d’un grand vaisseau:la Blanche Nef.

Et nous transportons à notre bord les fils du roi d’Angleterre Henri Ier, mais aussi presque l’ensemble de la noblesse normande, chargée de toutes les valeurs qu’ils pouvaient transporter, bijoux, pièces d’or et pièces d’argent.

Un fabuleux trésor !

Henri Ier était en fait le fils cadet de Guillaume le Conquérant qui débarque triomphalement en Angleterre 54 années plus tôt.

Le 25 novembre 1120, pour rejoindre l’Angleterre, après un festin copieusement arrosé scellant la réconciliation franco-normande, il fait donc embarquer à bord de la Blanche Nef, son fils unique et légitime Guillaume Adelin, héritier de la couronne d’Angleterre accompagné de nombreux jeunes nobles descendants des familles d’Allemagne et de Normandie.

Mais la soirée à été bien arrosée, trop certainement, et autant l’homme de barre, pilote local pourtant que l’ensemble des passagers sont tous ivres-morts à bord du vaisseau.

Le roi Henri passe en premier et sort de l’anse de Barfleur, en faisant Cap au nord est pour éviter les nombreux écueils affleurants.

Il file vite, aidé par une bonne brise de terre, et distance rapidement la blanche nef qui le suit à quelques encablures derrière.

A bord de la Nef, les jeunes ducs se sentent provoqués par cette manœuvre et ordonnent à Thomas l’homme de barre de couper au plus court, vers le Nord, vers la pointe de Gatteville, là où avec la marée descendante, les vagues commencent a friser sur un gros récif, le rocher Quillebeuf à moins d’un mille dans le nord.

Quand tout a coup un sourd craquement se fait entendre sur tribord.

Mais revenons à la journée qui a précédé ce terrible drame.

* * *

Henri Beauclerc, roi d’Angleterre, avait alors à Barfleur un Château, et nous y sommes ce 25 novembre 1120, lorsqu’il fait appeler son fils Guillaume et le reçoit dans sa somptueuse’ salle de réception.

"Qui a t il donc Père" demande le jeune Prince.

Beauclerc lui répond alors d’un ton grave :

"Si le vent est favorable nous devons partir ce soir pour l’Angleterre et rejoindre Londres au plus vite".

"Je le savais répondit guillaume, les marins en parlent sur le port, mais ils disent aussi, que le vent va tomber avec la nuit.

Ils sont tous partis boire et chanter dans les tavernes,

Même le capitaine, le vieux Stephen Feltz est lui aussi complètement ivre."

mais le roi s’entête, et donne l’ordre à son fils de rassembler l’équipage, pour sortir su port à la tombée de la nuit.

Et c’est ainsi que le petit fils de Guillaume le Conquérant, annule la partie d’arbalète qu’il avait prévu avec un prince allemand, et rassemble les marins pour se tenir prêt à suivre le vaisseau de son Père "le royal Tigre" dès que l’obscurité se fera.

En plus de ses cousins il a une charge bien plus importante puisqu’il est également chargé de veiller sur sa sœur Marie et son jeune frère Richard.

Le roi donne alors une ultime recommandation : La blanche Nef doit voguer à la suite, presque dans le sillage du royal tigre.

Peu après, dans le courant de l’après midi, le roi accompagné de 200 chevalier embarque sur le royal tigre et se prépare à l’appareillage.

Maisla Blanche Nef n’est toujours pas prête et il s’impatiente, cela fait quatre longues années qu’il n’est pas rentré en Angleterre, mais que faire devant un tel équipage de jeunes ducs tous plus ivres les uns que les autres.

Barfleur pourtant habitué à ces visites royales est aujourd’hui en effervescence.

Jamais on autant vu de nobles, de ducs, et de chevaliers, dans ce port pourtant prospère en ce début de millénaire, et c’est la fête à tous les coins de rue, Mais la nuit approche et le roi contraint une fois de plus son fils à embarquer sur la Blanche nef

* * *

La ville de Barfleur est en effervescence ce jour d’automne 1120, car le roi d’Angleterre Henri Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, est présent, accompagné de toute sa famille, mais aussi de plusieurs centaines de chevaliers normands.

Ils se préparent tous à regagner les côtes anglaises à bord de deux grands vaisseaux. Le royal tigre et la Blanche Nef, Le royal tigre emporte le roi, sa cour et 200 chevalier, et la Blanche nef la famille du Roi, ses enfants, Guillaume, Richard et Marie, accompagnés de la noblesse normande et allemande, mais aussi de 200 chevaliers.

Le roi est pressé, cela fait quatre ans qu’il est sur le continent et n’a pas rejoint son royaume.

Mais les marins de la Blanche Nef ne pensant pas partir ce soir, ont passé la journée à s’enivrer dans les tavernes de la ville.

En fin d’après Midi Beauclerc, le roi, embarque sur le royal tigre, mais au moment d’embarquer, un homme s’approche, il s’appelle Thomas Airard et c’est le fils d’Étienne Airard qui emmena Guillaume le Conquérant 54 ans plus tôt à travers la Manche , vaincre les anglo-saxons à Hastings.

Tout comme son père, il est pilote, et propose ses service au navire royal, mais Henri Ier, a déjà un pilote, aussi il lui répond :

Pour faire droit à ta requête et ainsi honorer Étienne Airard, qui a conduit le Conquérant sur le sol de l’Angleterre, je veux te confier ce que j’ai de plus précieux,.

C’est toi qui conduira la Blanche nef sur laquelle se trouverons mes deux fils, et ma bien aimée fille Marie, mes chevaliers et mon trésor.

Demain, à ton arrivée de l’autre bord du canal, je récompenserai tes soins.

Puis le roi embarque, enfin, sur le royal Tigre, il est déjà tard, la nuit est tombée.

Une petite brise de terre vas permettre aux voiles de se déployer, quelques coup de rames sortes le vaisseau hors du port.

Henri premier, et son équipage font route vers l’Angleterre, prudemment, cap au nord est pour éviter les terribles récifs de la baie de Cate, que l’on appelle aujourd’hui Gatteville.

Mais Guillaume sur la Blanche nef, tarde encore, comme si il ressentait la tragédie qui va se produire à quelques encablures de là et voulait reculer son départ jusqu’au dernier moment.

* * *

Ca y est le roi est parti !

Henri premier, à bord du Royal Tigre, a quitté le port de Barfleur emportant avec lui une partie de sa cour et plus de cent chevaliers normands.

Son fils Guillaume est sensé le suivre à bord du fleuron de la flotte Normande, le vaisseau "Blanche Nef" mais l’équipage perdu dans les tavernes du port depuis le début d’après midi est dur à rassembler.

Et puis c’est la cohue, les abbés, les ducs, les évêques, les barons et les princes, embarquent sur le navire, et veulent rester sur le pont.

Seuls quelques chevaliers restent sur la quai ne voulant confier leur vie a des hommes privés de leur raison.

Il est donc plus de 10 heures du soir quand Thomas Aivrard, le pilote, fils d’Etienne pilote de Guillaume le Conquérant 54 ans plus tôt, donne le signal d’appareiller.

50 rameurs pleins de force , mais aussi de vin, se courbent sur leur rame et font avancer la nef.

L’équipage s’élance à la manœuvre.

La Blanche Nef s’éloigne du rivage sous les acclamations de plus de mille spectateurs.

Courage crie le pilote, Thomas, à la barre, il faut rattraper le Tigre Royal qui est déjà loin.

Nous le rattraperons hurlent les cinquante rameurs.

Puis Thomas, pourtant habitué à ces côtes dangereuses, met le cap au nord dès la sortie du port, afin de couper la route au vaisseau royal qui a déjà beaucoup d’avance.

Le navire file très vite, porté par les vents de terre et les coups de rame de l’équipage, mais il fait nuit noire, et pas moyen de voir le récif qui commence à se recouvrir par la marée montante.

Tout a coup la Blanche Nef stoppe brusquement, dans un grand craquement sur tribord.

Les marins et les passagers tombent et roulent sur le pont, c’est la panique à bord, nous sommes à peine à 1 km de la cote et guère plus loin du port ou la fête continue sans savoir qu’une terrible tragédie à lieu au même moment et que le cours de l’histoire est en train de changer à quelques encablures de là

* * *

La Blanche à heurté un rocher dans le nord du port de Barfleur, à moins d’un mille dans le nord.

A bord , c’est la panique alors que le navire est en train de se remplir d’eau, et que la mer monte.

La mer est plutôt belle, mais chaque vague embarque dans la nef, ne laissant que peu de chances aux passagers et marins, rapidement dessaoulés.

Beaucoup se jettent à l’eau, croyant pouvoir regagner le rivage, mais nous sommes ee Novembre, et le froid et la mer ont raison d’eux.

Certains s’accrochent à ce qui reste, les mâts, le bastingage, mais rien n’y fait,

La Blanche Nef est en train de couler.

Seul Thomas, le pilote, en partie responsable de cette tragédie, attrape le canot arrimé à la poupe, et tente de sauver le jeune prince Guillaume, en l’agrippant et le jetant dans le canot.

Guillaume, a moitié estourbi ne se rend pas compte tout de suite, mais lorsqu’il reprend ses esprits, il se rend compte qu’il est seul et a perdu son petit frère et sa bien aimée sœur.

Il ordonne à Thomas de revenir vers l’épave, à moitié engloutie, afin de sauver sa famille et surtout Marie qui l’appelle, accrochée au mât du navire.

Thomas ne veut pas sachant que trop de naufragés vont s’accrocher au canot, trop petit pour les emmener, et couler celui-ci.

"Pilote, il fait sauver ma sœur ou mourir avec elle" dit alors Guillaume d’un ton bref et impératif.

"alors tout est finit, murmura Thomas"

Ils reviennent donc vers le navire empalé sur le rocher Quillebeuf, et ce qui devait arrivé arriva, les rescapés se jettent tous dans le canot, et lorsqu’un chevalier en arme embarque à son tour, il coule entraînant avec lui le prince Guillaume mais aussi la princesse Marie qui avait réussi à sauter à bord.

De ce deuxième naufrage seul Thomas remonte à la surface, mais n’aperçoit plus que les deux mâts de la Blanche Nef, posée sur le fond.

Deux hommes sont cramponnés à ces mâts et l’appellent.

Mais Thomas, ayant failli à sa mission de veiller sur la famille royale se laisse aller dans les flots, il a juste le temps de reconnaître le boucher du bord, Berold, agrippé au mat de l’épave du vaisseau royal.

* * *

La Blanche nef est maintenant coulée, sur le récif de Quillebeuf, au large de Barfleur.

Elle a entraîné avec elle la plupart des ducs de Normandie mais surtout la famille de Henri 1er Beauclerc roi d’Angleterre, ses fils Guillaume et Richard et sa fille Marie.

Thomas, le pilote, à préféré mourir, ayant failli à sa mission.

Seuls deux hommes restent maintenant agrippés aux mâts du navire qui repose par une quinzaine de mètres de fond au large de Barfleur.

il s’agit de Geoffroy de l’Aigle, noble chevalier, et du boucher du bord, Berold.

Il est plus de minuit, et la mer est calme, mais il fait très froid en cette fin Novembre.

Vers deux heures du matin Geffroy lâche prise épuisé et tombe à la mer, "Courage" lui dit Berold, nagez jusqu’à moi et je vous sauverai.

Trop tard, le jeune chevalier disparaît à son tour dans les flots glacés, de la baie de Cate, que l’on appelle Gatteville aujourd’hui.

Et puis la mer est descendue, et Berold est lui aussi descendu de son mât pour se reposer quelques temps sur le rocher effleurant espérant que de la cote on l’apercevrait au jour.

La nuit fut longue pour Berold, mais dès le lendemain les corps des malheureux sont arrivés à la côte et les marins du port ont rapidement compris qu’une tragédie avait eu lieu non loin de là et se mirent en recherche de survivants.

Il retrouvent Berold de nouveau accroché au mat, puisque la mer avait remonté, le secourent et le ramènent à Barfleur.

Toute la journée durant la population de Barfleur, ramasse les cadavres sur la plage, et les place un a un sur les tables utilisées la veille pour les libations.

Mais nous verrons plus tard que ce n’est pas leur seule préoccupation.

Du naufrage immédiat, dont ni du navire du roi, ni de la terre, on ne s’était aperçu, périrent noyées 193 personnes dont 140 chevaliers.

Et le trésor des ducs de Normandie était englouti là par une quinzaine de mètres de fond, au large de Barfleur

La légende dit que pendant les onze années pendant lesquelles Henri 1er vivra encore, il ne sourira jamais plus.

* * *

Une épave émergeant sur le rocher de Quillebeuf

Près de deux cent disparus dont 104 chevaliers.

Une trésor fabuleux englouti à quelque milles de Barfleur

Et un seul rescapé, le Boucher du bord, Berold.

Voilà ce qui reste de la Blanche nef, en ce 26 Novembre 1120.

Largement de quoi alimenter pendant des siècles les légendes des chasseurs de trésors de tous horizons.

Robert Stenuit est l’un de ceux là, c’est même quasiment le meilleur et cette période de fin des années 1970.

Bien entendu il s’intéresse à la Blanche nef et son fabuleux trésor, et passe de nombreuses années, comme à son habitude, à rechercher d’abord, dans les archives, avant d’aller plonger.

un peu le contraire de ce que je fais moi même….

En 1999 il écrit même, en préface d’un ouvrage sur les épaves que j’ai eu le plaisir de réaliser :

"Ce trésor, ces pièces d’or, cette argenterie, je les avais notés, estimés, convoités, mais moins peut être que toutes les bourses d’or et les chaînes d’or des gentilshommes moins que les bijoux de leur nobles compagnes"

Aussi, bien entendu, étant plus de la région de tous ces fameux chasseurs de trésors, je me suis moi aussi intéressé au naufrage de la Blanche nef.

D’autant qu’enfant sur une vieille carte j’avais lu comme annotation, près de Barfleur, "rocher Quillebeuf ou naufrage de la Blanche Nef"

Je suis allé plonger de nombreuses fois sur le rocher Quillebeuf, et ai, tout comme Stenuit espéré y retrouver des reliques. surtout qu’après avoir gratté sur le sable, j’ai trouvé ça et là, des morceaux de bois, des chevilles en bronze. Bref des morceaux d’épaves.

Pour moi le trésor n’était pas loin !

Et puis un jour, j’ai fait la connaissance de robert Stenuit et nous sommes devenus amis.

Je lui parle bien évidemment de la Blanche Nef, et il sourit en me racontant sa propre histoire. Comment après des années de recherches en archives il est arrivé à cette terrible conclusion :

Le navire et son trésor ont été renfloués !

Et là de me citer Orderic Vitalis et son Histoire ecclésiastique :

"Quand les marins de la cote ouirent la nouvelle du désastre, il s’en furent en quête du navire naufragé qu’ils tirèrent au rivage avec tout le trésor du roi et on retrouva presque tout ce qui avait été en le navire, à l’exception des hommes"

La déception fut grande, et j’ai alors compris que j’avais trouvé les restes d’un autre naufrage bien plus récent : La luna !

CERES Recherches et Expertises sous-marines http://www.ceresm.com/epaves/blanch...

Retour à l'accueil