De tous temps, les loups ont été présents dans notre imaginaire collectif, suscitant une crainte mêlée de superstition. On leur prêta des pouvoirs maléfiques et ils sont présents dans beaucoup de contes et de légendes passées. On prêtait également à certaines personnes le pouvoir de se transformer en loups la nuit, suite à une morsure de loup-garou (de varous dans la Manche). Voici une histoire rapportée par Buffon au XVIIIème, dont le ton nous montre bien que le loup n’est pas un animal comme les autres....

louve

En 1774, parut une louve en basse Normandie , qui se retirait dans le bois de Mont-Castre, proche le château de Laulne et le bourg de la Haye-du-Puits.

Cette louve ayant pris plusieurs bestiaux dans les landes et marais des environs , les habitants du canton lui donnèrent la chasse, firent des battues à différentes reprises, mais toujours en vain : l’animal, fin et subtil, sut s’esquiver ; ils parvinrent seulement à l’expulser du pays, après qu’il y eut séjourné près d’un an.

Mais ce qui étonna beaucoup dans les battues que l’on fit, fut de voir plusieurs fois avec cette louve un chien de ’espèce du lévrier , qui s’était joint à elle, et qui appartenait au seigneur de la paroisse de Mobecq , voisine de la forêt de Mont-Castre.

On sut que cette louve, étant sans doute en chaleur, venait la nuit dans les environs de la maison du seigneur de Mobecq, faire des hurlements pour attirer à elle le chien, qui en effet allait la joindre ; ce qui fit faire des représentations au seigneur de Mobecq pour se défaire de son chien, qu’en effet il fit.

Mais la louve était pleine ; elle mit bas ses petits peu de temps après. Les habitants en trouvèrent cinq ; on eu apporta deux au château de Laulne. Le curé d’Angoville en éleva pendant quelque temps un qui paraissait tenir du loup et du chien ; mais il devint si méchant et si funeste à la basse-cour, qu’on fut oblige de le faire tuer.

Le lévrier tué, les petits louveteaux pris, la louve ne reparut plus dans le pays.

Il est certain qu’elle était pleine du chien, puisqu’on les avait vus plusieurs fois ensemble, qu’il n’y avait pas de loup dans le canton, et qu’elle mit bas ses petits environ trois mois après qu’on se fut aperçu de leur union et des hurlements qu’elle faisait pour attirer à elle le chien.

Tout cela s’est passé depuis l’été de 1774 jusqu’à l’été de 1776, et est à la connaissance de tous les habitants du canton.

On a vu chez M. le comte de Castelmore un petit chien, âgé d’environ un an, et d’une assez jolie forme , que l’on assurait provenir d’une petite chienne et d’un renard.

Tous ces faits confirment ce que les anciens avaient, avant nous , observé ou soupçonné ; car plusieurs d’eux ont écrit que les chiens pouvaient s’accoupler et produire avec les loups et les renards.

 

in Extrait d’une lettre écrite de Paris, le 12 juin 1779, Buffon, Histoire Naturelle.

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