LES RESTES DE L'ALLEE COUVERTE DE LA PETITE ROCHE A ROCHEVILLE

          Beaucoup de mégalithes de la Manche ont été détruits. Sous le règne déjà de Charlemagne, de nombreuses pierres ont été renversées et brisées pour éradiquer les cultes païens auxquelles elles donnaient lieu et qui ont survécu sous la forme de légendes.

          Plus récemment aux XIXème, elles ont encore beaucoup souffert. Dans le Val de Saire, plusieurs furent utilisées pour la rade de Cherbourg.  En 1907, Léon Coutil dénonce les risques de nouvelles destructions à Maupertus. Voici le contenu de sa communication au Congrès Préhistorique de Périgueux.

Monument historique menacé de destruction dans le département de la Manche. La grande Pierre de Maupertus

par Léon COUTIL (Les Andelys, Eure).

          Au Congrès préhistorique de Périgueux, nous avions attiré l'attention de nos collègues sur la disparition successive de plusieurs monuments mégalithiques de la Manche.

          Menhirs détruits. — La plus ancienne destruction connue remonte à 1784 : c'est celle de la Pierre Butée de Tollevast; ensuite celle du Menhir de Breuville, vers 1840, dix ans après; celle de la Longue Pierre de Carneville, équarrie et transformée en pyramide, pour orner une fontaine de Cherbourg, monument, qui a lui-même disparu, vers 1890.

          Une autre pierre, située au Mesnil au Val, est citée par M. de Gerville et Mlle Amélie Bosquet. A Montaigu la Brisette, la Pierre Tournante et les Pierres Grises, mentionnées par les mêmes auteurs, n'existent plus. A Montgothier, le chanoine Pigeon a signalé la disparition d'un autre menhir. Vers 1840, ce sont les Pierres levées de Nacqueville, qui furent brisées. A la limite des communes des Pieux et de Flamanville, en 1889, on a brisé la Pierre de la Percaillerie, qui était cependant classée comme monument historique.

          Voici qu'un autre menhir, la Grande Pierre de Maupertus, classé aussi comme monument historique, en 1882. est menacé à son tour; il se trouve sur le tracé de la ligne de Cherbourg à Saint-Pierre-Église et Barfleur ; sur la même commune, le Grand Castel, autre monument plus récent, mais offrant aussi un intérêt archéologique, serait aussi menacé.

          Si le menhir se trouve réellement dans la zone d'emprise, rien n'est plus facile que de le reporter plus loin, en lui conservant son orientation actuelle, ainsi que cela a eu lieu pour le Menhir de la Basse Crémonville , près Bouviers, et le Gravois de Gargantua, près PortMort (tous deux dans le département de l'Eure) ; ces derniers ont été replacés parallèlement aux routes.

          Aussitôt averti, nous avons tenu à informer les personnes compétentes (1) pour éviter la disparition du menhir de Maupertus, composé d'un bloc d'arkose, situé dans un talus boisé de clôture, à 350 mètres environ a l'Est de l'ancienne église de Maupertus, à gauche et à environ 100 mètres d'un chemin d'exploitation bordé d'arbres, qui prend naissance au calvaire de Maupertus; ce menhir se trouve au lieu dit le Clos de la Pierre du Levant (Section A, n° 661-662 du cadastre) ; il est orienté O.-E.; sa base large va en samincissant vers le sommet ; il mesure 4 mètres de hauteur, 2m20 de largeur et 0m55 d'épaisseur.

          A environ 400 mètres plus loin, un autre bloc, équarri grossièrement, se trouve dans un herbage nommé le Clos neuf; il est aussi en arkose et mesure 2 mètres de hauteur ; il serait peut-être téméraire de le classer comme menhir, car il ne porte pas d'autre nom que celui de Pierre du Clos-Neuf.

          Dolmens et Allées couvertes détruits. — Parmi les dolmens et allées couvertes du département de la Manche, qui ont été aussi détruits, nous citerons : 1° la Pierre Lée, d'Appeville, dont, il ne reste plus que la table ; 2° la Pierre de la Guérinière, sur la commune du Grand Celland, dont on ne voit que les trois supports. 3° Sur la commune de Rocheville, deux disparitions récentes ont eu lieu, la Table aux Fées ou Plate Pierre a été brisée, vers 1880, et l'Allée couverte des Forges, en 1905, a été concassée sur l'ordre du Conseil municipal, pour empierrer un chemin. Nous avons obtenu du même Conseil municipal, en 1906, l'autorisation de faire classer comme monument historique l'Allée couverte de la Petite Roche, qui était menacée du même sort.

          Nous rappellerons qu'en mars 1899 le Génie militaire fit raser l'allée couverte des Pierres couplées ou Encouplées, située sur la Lande Saint-Gabriel, dominant la rade de Cherbourg; ce monument se trouvait à une faible distance d'une nouvelle redoute en construction, dont il ne dérangeait cependant pas le tir ; on ne conçoit pas une pareille décision, de la part d'officiers instruits, et surtout que cette allée couverte était classée comme monument historique!

          Par ce qui précède, on peut voir que, même classés, les monuments ne sont pas à l'abri de la destruction, puisqu'on en a détruit deux dans la Manche, et seize non classés pendant le XIXe siècle. Aussi, pour que le public s'intéresse à nos monuments mégalithiques et les protège, nous avons obtenu, cette année, du Touring Club de France, une dizaine de plaques indicatrices ; et fait expédier dans les Ecoles communales et Mairies, des pancartes pour que l'on connaisse l'intérêt qu'offrent ces monuments. Les visiteurs étant ainsi plus nombreux à les surveilleront et pourront nous renseigner, si on venait à menacer de destruction ou de mutilation ces monuments si anciens et si intéressants.

in  Monument historique menacé de destruction dans le département de la Manche. La grande Pierre de Maupertus Léon Coutil, Bulletin de la Société préhistorique de France Année 1907 Volume 4 Numéro 9 pp. 482-484

http://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1907_num_4_9_7831

(1) MM. le Président, l'Administrateur et l'Ingénieur de la Compagnie des chemins de fer de la Manche, M. le Sous-Préfet de Cherbourg, et M. le Maire de Maupertus.

 

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